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Travailler avec les parents / Enjeux de la coéducation

Pour les parents, le premier contact avec le lieu d’accueil reste souvent un moment important, beaucoup d’entre eux témoignent s’en souvenir très longtemps. « Après cinq ans passés à la crèche, je me souviens encore de la première fois où je suis venue. J’ai été accueillie par Marjorie et j’ai tout de suite été rassurée parce qu’elle a pris le temps de m’écouter, de me faire visiter la crèche, elle m’a présentée l’équipe et j’ai senti une bonne ambiance entre tout le monde, les parents qui étaient là, les enfants, l’équipe. Elle a cherché avec moi une solution pour accueillir Thomas sur deux demi-journées comme je le souhaitais puis elle m’a présenté le projet. Je n’ai pas tout retenu sur le moment mais globalement, j’ai été séduite. Nous avons ensuite pu parler de Thomas, de ses habitudes, de son tempérament, ce qu’il aimait ou pas… Après, cela a été facile. »

Pour ce premier contact, les parents ont besoin d’être dans une relation de confiance et celle-ci passe par le fait de se sentir écoutés, reconnus en tant qu’individus avec des attentes. Pour être en confiance, le parent a tout d’abord besoin de se sentir en sécurité dans ce lieu et avoir l’assurance que son enfant s’y trouvera bien. Toutes les informations concernant le fonctionnement du lieu d’accueil sont alors essentielles pour rassurer. Même si, comme le dit cette maman, il est difficile de les retenir toutes en un même instant, elle osera probablement y revenir le moment venu. C’est également parce qu’elle se sent acceptée telle qu’elle est qu’elle pourra parler librement de ses habitudes familiales, de ses peurs, sans craindre d’être jugée. Rassurée sur l’accueil de son enfant et d’elle-même, il lui sera alors plus facile de passer à une étape plus collective autrement dit d’envisager la place qu’elle va pouvoir prendre dans ce lieu. Une place qu’elle pourra choisir en fonction de ses aptitudes, de ses possibilités et non une place qui serait préétablie, égale pour tous. Les parents sont tous différents, ils ont des besoins et des possibilités différentes. Proposer une unité, une égalité de traitement devient alors source d’inégalité. C’est d’avantage l’équité qui est ici à rechercher.

Dans les crèches parentales, l’expérience a montré la possibilité de proposer un panel d’implications ou de participations possibles : faire les courses, assurer des temps de présence auprès des enfants, participer au bricolage, faire partie du conseil d’administration…
Toutes ces tâches, ou responsabilités, sont importantes pour le bon fonctionnement du lieu d’accueil. C’est pourquoi elles doivent être reconnues sans hiérarchiser ces différents modes.

Le parent se sent alors valorisé, utile et non utilisé, il s’inscrit dans la vie collective du lieu d’accueil élargissant ainsi sa première motivation individuelle d’accueil de son enfant.
En permettant ainsi l’implication des parents dans le lieu d’accueil, les professionnels favorisent les relations entre parents et donc le lien social. D’autre part, participer à la vie quotidienne et associative est pour les parents une occasion de partager leur façon de faire, leurs difficultés mais aussi leurs ressources, et donc de permettre un échange de savoirs qui les valorisent et développent leurs compétences. Cette montée en compétences, développée dans le lieu d’accueil, s’élargit alors à la vie locale lorsque les parents s’investissent dans d’autres associations ou institutions telles que l’école, la vie de quartier ou de la commune.

Pour tout professionnel, travailler en collaboration avec les parents est une démarche participative qui l’implique en retour. Elle contribue à une meilleure rencontre et reconnaissance des professionnels, dans un statut qui, justement, par le biais d’un travail « ensemble » et « à côté » favorise leur visibilité sociale.

Michelle Clausier,
coordinatrice et formatrice diversité et parentalité Acepp