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Saint-Max (Meurthe-et-Moselle)

Lire, lire et lire. Déjà quatre générations !

Lire, lire et lire. Déjà quatre générations !

Juliette Sissokho
Éducatrice de jeunes enfants, La Ribambelle

À La Ribambelle à Saint-Max près de Nancy, en quelques années, les tout-petits de la crèche parentale sont devenus des dévoreurs de livres, sans les abimer !

Dolto disait à sa façon : « Il y a sans doute quelque chose de bébé en moi pas tout à fait achevé. » C’est Jeanne Ashbé* qui nous a livré cette pensée, en octobre dernier, lorsqu’elle est venue rencontrer les enfants, les parents et les professionnelles à La Ribambelle.

Cette pensée fait sens pour nous tous, acteurs de la petite enfance : comment retrouver ce petit quelque chose pour mieux répondre aux besoins des jeunes enfants ? Et puis, un livre est tombé dans nos mains. Quoi en faire ? Comment le lire ? Les enfants ne sont-ils pas trop petits ? Et les adultes trop grands ? En juin 2010, l’équipe et les parents se sont raccrochés au projet municipal Des Livres et vous initié par la ville de Malzéville pour lire aux touts petits et rapprocher les lieux d’accueil...

Parents, enfants, professionnel-le-s : allons y... !

De formations en actions, de permanences en partenariats, à La Ribambelle , nous plongeons dans l’univers merveilleux de la littérature jeunesse ! Au-delà du langage factuel existe la langue du récit…
Les livres ont été choisis pour leur pertinence entre l’écrit et l’image... Pas besoin d’en rajouter. Il ne s’agit pas de surjouer la lecture ni de la théâtraliser mais bien de livrer à l’enfant la version épurée des mots, telle que l’auteur s’est donné la peine de les penser. L’enfant y retrouvera toujours le même contenu, même si certaines intonations changent, les mots resteront.
En pratique, on ne lit que ce qui est écrit sans chercher à interroger l’enfant sur ce qu’il en a compris. Son imaginaire, sa perception des mots et de la voix lui sont personnels. Il n’y a qu’à écouter les longs silences qui suivent les lectures pour comprendre que cela résonne chez l’enfant !
Mis au centre de la pièce de vie, les livres sont mis à disposition des enfants en permanence. Quand ils le souhaitent, ils en prennent un, trouvent un adulte et se font lire à voix haute l’histoire choisie. S’ils ne veulent plus, ils s’en vont. S’ils veulent encore, ils restent et parfois une file d’attente s’improvise auprès d’un adulte assis sur la loveuse avec un enfant et les autres qui, chacun un livre en main, attendent patiemment leur tour pour se faire lire « leur histoire »... La lecture est d’abord un plaisir et surtout pas un apprentissage, ils ont le temps pour ça.
La mobilité n’est pas un obstacle à la lecture. Laissons l’enfant faire des allers et retours, continuons à lire. Il suffit de s’arrêter pour percevoir qu’il est souvent dans une écoute distante. Il y a des histoires qui font peur, des sujets dont on préfère s’éloigner. Ce n’est pas pour autant qu’on ne peut pas écouter et se rapprocher une fois rassuré.

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La lecture est d’abord un plaisir et surtout pas un apprentissage, ils ont le temps pour ça.

Nous proposons un panel suffisamment large

Nous ne choisissons pas les livres en fonction de nos goûts ni les repoussons selon nos dégoûts. Nous proposons un panel suffisamment large pour offrir une diversité nécessaire à l’épanouissement de l’enfant. Les livres tout noirs ne leur font pas peur. Les livres pleins de princesses très jolies ne sont pas forcément les meilleurs. Les peurs, les gros mots, les transgressions restent enfermés dans les livres quand on les ferme.
Nous avons appris à nous rendre disponible pour mettre fin aux lectures collectives et privilégier les lectures individuelles, sur ces moments choisis par l’enfant, avec les livres choisis par eux et pour eux. Il y a peu de temps encore, nous n’aurions pas cru ça possible. Mais cela fait quatre générations de lecteurs que nous découvrons et c’est tout le sens d’un projet, d’une équipe, d’une structure qui émerge. Même les enfants plus grands conseillent maintenant les plus petits. Nous constatons que les livres sont dévorés au sens figuré seulement et déchirés d’usure uniquement. Ce sont des tout-petits de quelques mois à qui on lit et nous conférons à cette activité la même importance que boire, manger ou dormir.

Déjà quatre générations de lecteurs, même au-delà de la crèche

L’équipe continue à se former, en même temps que les parents de la crèche. Chacun joue le jeu, accepte de se poser, de prendre le temps là où parfois il y en a peu, pour une histoire ou deux... On commence aussi à former les autres (stagiaires, nouveaux salariés, parents, habitants du quartier, étudiants EJE...), à partager notre éthique de la lecture, de ce respect dû à l’enfant et à son imaginaire, sans sous-estimer sa compréhension des mots, de la voix, des silences. On peut maintenant faire valoir un savoir-faire et les valises de livres prêtées par la ville se promènent dans les quartiers, aux pieds des immeubles. Les parents, les enfants, les professionnelles, les stagiaires, une retraitée bénévole de Lire et faire lire font ce bel apprentissage de la lecture plaisir, qui d’images en mots, lovés sur un coussin ou un genou, nous fait faire un pas très précoce dans la lutte contre l’illettrisme.
Les événements se multiplient et les partenariats aussi avec les crèches des environs, le centre social tout proche, le centre médicosocial du quartier, les écoles maternelles et élémentaires, les accueils périscolaires et même les jeunes du lycée agricole, un peu fâchés avec l’école, qui nous construisent des cabanes pour y lire et qui se sont mis à lire et à écrire eux-mêmes un recueil d’histoires à destination des enfants... Sans parler du soutien des partenaires financiers (CG 54, mairies, Madame la députée sur une subvention de la réserve parlementaire pour une journée d’action sur le quartier, la fondation Batigère…).
Les exemples sont nombreux mais on ne va tout de même pas vous raconter des histoires !
* Jeanne Ashbé est auteure-illustrateure pour les tout-petits.

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